peur

peur [ pɶr ] n. f.
• 1290; pavor Xe; lat. pavor, oris
1 ♦ LA PEUR. (Sens fort) Phénomène psychologique à caractère affectif marqué, qui accompagne la prise de conscience d'un danger réel ou imaginé, d'une menace. affolement, alarme, 1. alerte, angoisse, appréhension, crainte, effroi, épouvante, frayeur, inquiétude, panique, terreur; fam. frousse, trouille. Avoir les traits bouleversés par la peur. Lire la peur dans les yeux de qqn. Être en proie à la peur. apeuré. Être inaccessible à la peur. impavide. Inspirer de la peur à qqn. La peur s'empare de qqn, l'étreint. « La peur qui serra, saisit et glaça si fort le cœur d'un gentilhomme, qu'il en tomba raide mort [...] Tantôt elle nous donne des ailes aux talons [...] tantôt elle nous cloue les pieds et les entrave » (Montaigne). « La peur [...] c'est quelque chose d'effroyable, une sensation atroce, comme une décomposition de l'âme, un spasme affreux de la pensée et du cœur, dont le souvenir seul donne des frissons d'angoisse » (Maupassant). « Chez beaucoup de gens l'absence de peur n'est qu'une absence d'imagination » (Ribot). Être blanc, blême, pâle, transi, vert de peur, par la peur, à cause de la peur. Claquer des dents, trembler de peur. Être mort de peur (cf. Être plus mort que vif). Loc. Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche. Avoir la peur au ventre. En être quitte pour la peur. PROV. La peur n'évite pas le danger.
♢ LA PEUR DE (suivi du nom de la personne ou de l'animal qui éprouve la peur) « La peur l'avait saisi [...] Cette peur du gibier devant le chasseur, de la souris devant le chat » (Maupassant). La peur de qqn, sa peur. Il cherche à cacher sa peur. Dominer, vaincre sa peur. (Suivi du nom de l'être ou de l'objet qui inspire la peur, ou d'un v.) « Plus je m'approche de la mort et plus la peur de la mort s'atténue » (A. Gide). hantise. La peur du gendarme. La peur du changement. Peur morbide de certains objets, de certains animaux. aversion, phobie, répulsion. La peur de mourir.
2 ♦ UNE PEUR (ou la peur) (et adj.) :l'émotion de peur qui saisit qqn dans une occasion précise. Une peur bleue, intense. Avoir, éprouver une peur irraisonnée, panique. Fam. Il m'a fait une de ces peurs ! (j'ai eu peur de lui ou pour lui). — Se rappeler des peurs d'enfance. Hist. La grande peur, qui précéda la nuit du 4 août 1789.
3(Sens faible) LA, UNE PEUR DE (suivi d'un nom, d'un inf.) :appréhension; souci, désir d'éviter une chose considérée comme désagréable. « Ils avaient une peur maladive de gêner leurs voisins » (R. Rolland). « Notre faiblesse principale à nous Français : la peur de s'emballer, la peur d'être dupe, la peur de prendre les choses au sérieux, la peur du ridicule » (Romains). « une peur lui venait de se conduire comme un enfant » (Zola).
La peur que. « À me voir si sage (ou si léger) la peur la prenait que je ne l'aimasse moins » (Radiguet).
4Loc. (sans art.) Prendre peur. s'épouvanter, paniquer. Le cheval « prit peur, se cabra » (Duhamel).
♢ AVOIR PEUR. s'alarmer, s'effrayer, s'inquiéter; fam. baliser, 2. flipper, fouetter (cf. fam. Avoir les chocottes, les foies, la frousse, les jetons, la pétoche, le trac, la tremblote, la trouille; les avoir à zéro; faire dans son froc; serrer les fesses). N'ayez pas peur, n'aie pas peur, formule pour rassurer (cf. fam. Ne vous frappez pas). « Tous les hommes ont peur. Tous. Celui qui n'a pas peur n'est pas normal; ça n'a rien à voir avec le courage » (Sartre). « Avoir peur, c'est [...] ne pouvoir imaginer un cours objectif des choses » (Cioran). Avoir peur pour qqn : craindre, trembler pour qqn. — Avoir peur de qqch. redouter. « Je ne l'ai pas dénoncé parce que j'avais peur de sa vengeance » (Green). N'avoir peur de rien. N'avoir pas peur des mots : parler avec franchise, précision. — (Renforcé) Avoir grand'peur (vx), grand-peur. « J'avais grand'peur d'être grondé » (A. Daudet). Abusivt Avoir très peur. Loc. Il y a plus de peur que de mal. (Sens atténué) N'ayez pas peur d'insister sur ce point. « j'ai bien peur que tu sois un enfant toute ta vie » (A. Daudet).
♢ FAIRE PEUR : donner de la peur. — Par hyperb. Être (laid) à faire peur, horrible. Madame de Beauséant « se disait en arrangeant sa coiffure : — Je ne veux cependant pas être à faire peur » (Balzac). Faire peur à qqn. effrayer, épeurer, épouvanter, intimider, menacer, terroriser. « Ah ! vous me faites peur et tout mon sang se fige » (Molière). « Un songe, un rien, tout lui fait peur » (La Fontaine). (Sens atténué) Les longs ouvrages me font peur. Le travail ne lui fait pas peur, il est courageux. « Quand il en rencontrait une [femme], il lui faisait peur, et il en avait peur » (Hugo).
♢ PAR PEUR de; DE PEUR de; (vx) Peur de. « Aucun général n'osera s'en servir [du char], de peur du ridicule » (Voltaire). « Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer » (Beaumarchais). De, par peur que (et subj.). « Elle me renvoyait par peur que je la fatigue » (Proust). « Il était comme un homme qui retient son souffle et craint de respirer, de peur que l'illusion ne cesse » (R. Rolland). Il la retenait de peur qu'elle ne s'en aille.
⊗ CONTR. Audace, bravoure, courage, intrépidité.

peur nom féminin (latin pavor, -oris) Sentiment d'angoisse éprouvé en présence ou à la pensée d'un danger, réel ou supposé, d'une menace (souvent dans avoir, faire peur) ; cette émotion éprouvée dans certaines situations : Trembler de peur. Appréhension, crainte devant un danger, qui pousse à fuir ou à éviter cette situation : La peur du ridicule. Crainte que quelque chose, considéré comme dangereux, pénible ou regrettable, se produise (surtout dans avoir peur) : Les médecins ont peur qu'il s'agisse d'une pneumonie. Crainte du jugement, des réactions de quelqu'un, qui fait qu'on adapte son comportement, qu'on obéit à certaines consignes : Elle a plus peur de son grand frère que de son père.peur (citations) nom féminin (latin pavor, -oris) Pierre Augustin Caron de Beaumarchais Paris 1732-Paris 1799 Quand on cède à la peur du mal, on ressent déjà le mal de la peur. Le Barbier de Séville, II, 2 Maurice Bedel Paris 1883-Thuré, Vienne, 1954 La peur est une récréation de la volonté, la dilection des faibles. Jérôme 60° ; latitude Nord Gallimard Henri Calet Paris 1903-Vence 1956 Je n'ai pas peur des mots, ce sont les mots qui ont peur de moi. Acteur et témoin Mercure de France Louis Ferdinand Destouches, dit Louis-Ferdinand Céline Courbevoie 1894-Meudon 1961 C'est des hommes et d'eux seulement qu'il faut avoir peur, toujours. Voyage au bout de la nuit Gallimard Alphonse Daudet Nîmes 1840-Paris 1897 Où serait le mérite, si les héros n'avaient jamais peur ? Tartarin de Tarascon Flammarion Guy de Maupassant château de Miromesnil, Tourville-sur-Arques, 1850-Paris 1893 La vraie peur, c'est quelque chose comme une réminiscence des terreurs fantastiques d'autrefois. Contes de la bécasse, la Peur Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz Montmirail 1613-Paris 1679 […] De toutes les passions la peur est celle qui affaiblit le plus le jugement. Mémoires Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz Montmirail 1613-Paris 1679 Il est bien plus naturel à la peur de consulter que de décider. Mémoires Jean-Paul Sartre Paris 1905-Paris 1980 La peur, la mauvaise conscience ont un fumet délectable pour les narines des Dieux. Les Mouches Gallimard Georges Schéhadé Alexandrie 1907-Paris 1989 Un homme qui a peur est efficace et dangereux, si l'on sait s'en servir. Histoire de Vasco Gallimard Sénèque, en latin Lucius Annaeus Seneca, dit Sénèque le Philosophe Cordoue vers 4 avant J.-C.-65 après J.-C. Force est [au tyran] d'éprouver toutes les peurs qu'il inspire. Tantum enim necesse est timeat, quantum timeri voluit. De la clémence, I, 19 Vittorio Alfieri Asti 1749-Florence 1803 De la peur de tous naît, sous la tyrannie, la lâcheté du plus grand nombre. Dalla paura di tutti nasce nella tirannide la viltà dei più. Della tirannide, I, 4 abbé Ferdinando Galiani Chieti 1728-Naples 1787 Le courage est l'effet d'une très grande peur. De fait, quand nous avons une grande peur de mourir, nous nous laissons courageusement couper une jambe. Il coraggio è l'effetto d'una grandissima paura. Quando abbiamo infatti una gran paura di morire, ci lasciamo tagliare coraggiosamente una gamba. Dialogues Abu Hafsa ibn al-Khattab Umar Ier La Mecque vers 581-Médine 644 Fais peur au lion avant qu'il ne te fasse peur. Sentences peur (difficultés) nom féminin (latin pavor, -oris) Emploi Avoir peur employé avec un adverbe.Avoir très peur, bien peur, trop peurenvie. Construction et registre 1. Avoir peur que (+ subjonctif). La locution avoir peur que se construit avec le subjonctif. Avoir peur que + subordonnée affirmative. Dans le registre familier, le ne explétif est souvent omis, surtout à l'oral : j'ai peur qu'il arrive trop tard. Il s'impose, même à l'oral, dans l'expression soignée : j'ai peur qu'il n'arrive trop tard. Ne pas avoir peur que (ou, interrogatif, as-tu, a-t-il peur que...) + subordonnée affirmative. La subordonnée ne comporte pas de ne explétif : je n'ai pas peur qu'elle m'en veuille ; auriez-vous peur qu'il boive trop ? Avoir peur que + subordonnée négative. La subordonnée comporte le ne... pas de la négation : elle a peur qu'ils ne viennent pas ; as-tu peur qu'ils ne viennent pas ? Ne pas avoir peur que + subordonnée négative. La subordonnée comporte le ne... pas de la négation : elle n'a pas peur qu'ils ne viennent pas, au contraire, elle préfère ; je n'ai pas peur qu'il ne réussisse pas, il s'est bien préparé. 2. De peur que (+ subjonctif). De peur que se construit avec le subjonctif et entraîne presque toujours l'emploi du ne explétif : rentrez vos plantes de peur qu'elles ne gèlent (bien moins courant, mais correct : de peur qu'elles gèlent). Remarque De peur que appartient à la langue soignée, ce qui explique sans doute qu'il soit rarement employé sans le ne explétif, qui relève du même registre. ● peur (expressions) nom féminin (latin pavor, -oris) À faire peur, très laid. Avoir (bien) peur, penser tout en le regrettant que quelque chose se produira : J'ai bien peur qu'il ne pleuve demain. Avoir plus de peur que de mal, avoir subi peu de dommage par rapport à ce qui aurait pu se passer. Littéraire. Avoir grand peur, être très effrayé. De peur de, que, par crainte que quelque chose de défavorable (ne) se produise : Il ne sort jamais la nuit de peur d'être agressé. Faire peur à quelqu'un, créer chez lui un sentiment d'angoisse, de crainte ou d'appréhension : L'avenir me fait peur. N'aie pas peur, sois bien persuadé de ce que je vais dire : N'aie pas peur, il ne s'en tirera pas comme ça. N'avoir peur de rien, faire preuve de témérité. Ne pas faire peur à quelqu'un, ne pas lui sembler d'une difficulté insurmontable, ne pas l'intimider : Le travail ne lui fait pas peur. Prendre peur, s'effrayer. ● peur (synonymes) nom féminin (latin pavor, -oris) Sentiment d'angoisse éprouvé en présence ou à la pensée d'un...
Synonymes :
- épouvante
- frousse (familier)
- pétoche (populaire)
- trouille (populaire)
Contraires :
- héroïsme
- intrépidité
Appréhension, crainte devant un danger, qui pousse à fuir ou...
Synonymes :
Contraires :
- désir
- résolution
- volonté
Crainte que quelque chose, considéré comme dangereux, pénible ou regrettable, se...
Synonymes :
Crainte du jugement, des réactions de quelqu'un, qui fait qu'on...
Synonymes :
Faire peur à quelqu'un
Synonymes :
- épouvanter
- inquiéter
Prendre peur
Synonymes :
- s'inquiéter

peur
n. f.
d1./d Crainte violente éprouvée en présence d'un danger réel ou imaginaire. Une peur panique.
En être quitte pour la peur: n'avoir subi d'autre dommage que d'avoir eu peur.
Fam. Une peur bleue: une grande peur.
Laid à faire peur: très laid.
|| (Québec) Fam. Partir en peur: s'énerver sans raison.
Conter des peurs, des histoires effrayantes ou invraisemblables.
d2./d (Sens atténué.) Légère crainte, légère appréhension. J'ai peur qu'il ne vienne pas.
N'avoir pas peur des mots: appeler les choses par leur nom au risque de choquer.
d3./d Loc. Prép. De peur de (+ inf.): par crainte de. Il n'est pas sorti de peur d'attraper froid.
|| Loc. conj. De peur que (+ ne + subj.): dans la crainte que. Couvrez bien cet enfant, de peur qu'il ne prenne froid.

⇒PEUR, subst. fém.
A. —État affectif plus ou moins durable, pouvant débuter par un choc émotif, fait d'appréhension (pouvant aller jusqu'à l'angoisse) et de trouble (pouvant se manifester physiquement par la pâleur, le tremblement, la paralysie, une activité désordonnée notamment), qui accompagne la prise de conscience ou la représentation d'une menace ou d'un danger réel ou imaginaire. Synon. crainte, effroi, épouvante, frayeur, terreur; arg., pop. frousse, pétoche, trouille, venette.
1. a) ) Absol. Je me voyais perdu, et ma peur devint si forte, que je me mis à siffler, comme pour m'en imposer à moi-même (TOEPFFER, Nouv. genev., 1839, p.160):
1. ... des hommes de ci, de là, ont eu une seconde de peur —à cause d'un bruit, d'un remuement de branches —ou pour mieux dire un sursaut dans leur état de peur continu, et comme ils avaient leur fusil en mains, ils ont lâché un coup en l'air comme une femme nerveuse jette un cri.
ROMAINS, Hommes bonne vol., 1938, p.145.
P. anal. [Chez l'animal] Réaction, comportement face à un danger, à une menace comparable à la réaction ou au comportement de l'homme apeuré. V. ex. infra passim.
SYNT. Éprouver de la peur; ressentir une peur atroce; dominer, vaincre sa peur; inspirer de la peur à qqn; peur folle, intense, paralysante, sourde, vague; une peur panique.
Une peur bleue. V. bleu I B 2.
) [Constr. avec un compl. prép. ou une complét. désignant ce qui provoque une réaction ou un état plus ou moins latent de peur]
[Le compl. est introd. par de] La peur de la vie, de la mort. Ils avaient le gosier serré par la peur d'avaler un cloporte (ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p.218). Pitt, hanté par la peur des voleurs, le céda [le Régent] à Philippe d'Orléans (METTA, Pierres préc., 1960, p.68):
2. BLANCHE (avec un geste de désespoir):Vous me croyez retenue ici par la peur! LE CHEVALIER: Ou la peur de la peur. Cette peur n'est pas plus honorable, après tout, qu'une autre peur. Il faut savoir risquer la peur comme on risque la mort, le vrai courage est dans ce risque.
BERNANOS, Dialog. Carm., 1948, 3e tabl., 8, p.1630.
La peur du gendarme. V. gendarme B.
[Le compl. est introd. par devant] La peur devant l'escargot est immédiatement tranquillisée, elle est usée, elle est «insignifiante» (BACHELARD, Poét. espace, 1957, p.109).
Rem. La constr. avec devant est peu fréq. dans les textes du XIXe et du XXes. consultés.
[Le compl. est une complét.] Rare. Hans rapporte sa peur qu'un cheval ne le morde au souvenir d'une impression reçue à Gmunden (FREUD, Cinq psychanal., trad. par M. Bonaparte et R. Lobwenstein, 1975, p.178).
) Au plur.
Littér., rare. [Plur. d'amplification] Je suis plein de doutes, de rêves et de peurs (FLAUB., Corresp., 1862, p.27). V. ex. infra passim.
Moments de peur (provoquée par différents objets ou événements); types de peur (liée à des objets ou événements différents). Ses peurs nerveuses, ses humeurs noires venaient un peu de cette aventure, dont elle gardait le secret, avec une honte de fille mère forcée de cacher son état (ZOLA, Nana, 1880, p.1411). La peur de l'enfer ne serait donc jamais de foi; au contraire, toujours de croyance, et d'après les causes extérieures, comme sont toutes les peurs superstitieuses, de revenants, de korrigans, de lavandières (ALAIN, Propos, 1921, p.276).
b) En partic.
) [Précédé de l'art. déf., de l'art. indéf. combiné avec un groupe déterm., dans un cont. décrivant les manifestations ou les différents moments de cet état] La peur lui était revenue, une peur naturelle et insurmontable. Elle n'eut plus qu'une pensée, s'enfuir (HUGO, Misér., t.1, 1862, p.470). Il regardait le Corse, la bouche ouverte; il y avait une peur horrible dans ses yeux (SARTRE, Nausée, 1938, p.210):
3. ... un merle frissonnait éperdument, les plumes ébouriffées, la tête molle, les yeux hagards. Un vertige fantastique semblait le dominer, une peur indescriptible tourbillonnait dans ses yeux.
PERGAUD, De Goupil, 1910, p.110.
(Avoir, mettre) la peur au ventre. Croyez-moi, on ne fait courir une masse d'hommes sans armes qu'en leur mettant la peur au ventre (A. FRANCE, Bergeret, 1909, p.392). Gilbert n'osait plus avancer, la peur au ventre, les jambes molles (DORGELÈS, Croix de bois, 1919, p.57).
SYNT. La peur vient à, s'empare, envahit, étreint, prend, saisit qqn; lire la peur dans les yeux, sur le visage de qqn; la peur cloue sur place, glace, paralyse qqn.
) Rare, vieilli. De peur, loc. adj. Synon. peureux. Je déteste ce visage de peur et de haine qui t'est venu! Lâche-moi! (CAMUS, État de siège, 1948, 2epart., p.260). V. hâte A ex. de Peyré.
) [Combiné avec une prép.]
Rare. [Combiné avec avec] Point de ligne surtout et tremblante et livide Que l'oeil fuit, que la main ne tourne qu'avec peur! (BRIZEUX, Marie, 1840, p.9). Regardant avec une peur sourde, de l'autre côté de l'avenue, deux figures noires qui marchaient d'un pas cadencé (ZOLA, Nana, 1880, p.1374).
[Combiné avec dans] Ils grelottaient, mais n'osaient bouger, dans la peur d'être mordus (FLAUB., Bouvard, t.1, 1880, p.67). Dans la peur on croit avoir vu, et d'autant mieux si l'on n'a pas eu le loisir de regarder (ALAIN, Propos, 1921, p.345).
De peur. [Combiné avec un verbe ou un adj. décrivant un état ou un comportement] Blêmir, frissonner, trembler de peur; être blanc, blême, transi, vert de peur. Il mourut là assez vite, entre les mains d'infirmiers devenus stupides de peur, qui voulaient le faire manger (LOTI, Mon frère Yves, 1883, p.135). Il claquait des dents et suait de peur (QUEFFÉLEC, Recteur, 1944, p.172). V. fou1 I B 1 b ex. de Samain, laver ex. 4.
♦[P. exagér.] Mourir de peur.
♦[Constr. avec un compl. prép. de] Il crevait de peur de la police (L. DAUDET, Brév. journ., 1936, p.212).
Région. (Centre, Ouest et Canada). Se réveiller en peur. Se réveiller après un cauchemar. Les enfants réveillés en peur, se serraient l'un contre l'autre (ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p.121).
Région. (Canada). Partir en peur. Synon. de prendre peur. Le cheval est parti en peur (Canada 1930).
Partir vite, subitement. Je ne sais pas ce qu'il a eu, il est parti en peur, et je n'ai pas eu le temps de lui parler (Canada 1930).
Par peur (de qqc.). Le soldat qui sert sa patrie par peur au lieu de la servir par amour, n'est pas libre (PROUDHON, Propriété, 1840, p.228). V. grisou ex. de Renard.
Sous la peur (de qqc.). Sitôt que le moindre nuage paraît à l'horizon, chacun se renferme, se flétrit sous la peur (RENAN, Avenir sc., 1890, p.420). Ce pauvre gosse (...) a été habitué à obéir «sous la peur des coups» (...) et continuera de vivre dans la crainte des gronderies (ROLLAND, Beethoven, t. 1, 1937, p.82).
Sans peur. Je serai ce soir ivre mort; Alors, sans peur et sans remord, Je me coucherai sur la terre, Et je dormirai comme un chien! (BAUDEL., Fl. Mal, 1857, p.188).
Loc. adj. Qui ne connaît pas la peur. Synon. brave, courageux. À tous ces preux sans peur que la patrie en deuil Montre encore à l'Europe avec un mâle orgueil (GLATIGNY, Fer rouge, 1870, p.68). Jeannot était un canonnier sans peur, qui connaissait jusqu'au dernier détail tout ce que l'on peut apprendre d'après les formes, les couleurs et les bruits (ALAIN, Propos, 1921, p.258).
Sans peur ni reproche. Ils portent tous au front le sceau Des vaillants sans peur ni reproche (GLATIGNY, Fer rouge, 1870 p.63).
c) Littéraire
[Par personnification] Toutes les passions cherchent ce qui les nourrit: la peur aime l'idée du danger (JOUBERT, Pensées, t.1, 1824, p.180). Non: qu'ai-je dit? Ah! la peur déraisonne (BÉRANGER, Chans., t.3, 1829, p.3).
P. métaph. Et sur mon poil qui tout droit se relève Mainte fois de la Peur je sens passer le vent (BAUDEL., Fl. Mal, 1862, p.132). Aux soldats qui passaient sur l'aile de la peur (ARAGON, Crève-coeur, 1941, p.46).
Rem. Cette métaph. est à rapprocher du proverbe la peur donne des ailes «la peur rend capable de courir très vite».
d) Dans le domaine de la psychol. (en psycho-physiol.). Ensemble des comportements et des réactions psycho-physiologiques caractéristiques de l'état de peur. Le behavioriste Watson (...) observa, en 1919, le conditionnement de la peur chez l'enfant (Hist. sc., 1957, p.1690). La colère, la peur sont sous l'influence de l'hormone thyroïdienne, de l'adrénaline, avec participation du système nerveux (Hist. gén. sc., t.3, vol.2, 1964, p.649).
Rem. Peur apparaît fréq. dans la déf. des concepts de phobie et de névrose phobique, ainsi que dans la description de cas de phobie, en psychanal. et psychiatrie: En tant que symptôme, une phobie est une peur spécifique intense dont le stimulus est projeté à l'extérieur pour amoindrir l'angoisse (H. EY, P. BERNARD, Ch. BRISSET, Manuel de psychiatrie, 1974, p.454).
2. Loc. verb.
a) [Avec avoir] Avoir peur (de qqn, de qqc., de faire qqc.); avoir une peur (combiné avec un syntagme déterm.); (expr. quantifiante) + peur; avoir des peurs (combiné avec un syntagme déterm.); avoir peur devant qqn, qqc.; avoir grand'peur (vieilli); avoir une belle peur; avoir joliment peur. Dans un saut difficile, si le cavalier a la moindre peur, le cheval tombe (ALAIN, Propos, 1921, p.207). Il ne faut pas dire: j'aperçois un ours, j'ai peur, je tremble, mais bien: j'aperçois un ours, je tremble et la peur vient lorsque je constate ce déséquilibre physique (Hist. sc., 1957, p.1660). V. clignotant ex.1:
4. Joséphine ne répondit pas, elle avait peur, peur de Stephen, peur qu'on ne le vît dans le parc encore plus que de lui... Mais plus que tout, elle avait peur de son émotion. Elle n'osa cependant pas lui dire de s'en aller...
KARR, Sous tilleuls, 1832, p.208.
Rem. Cette loc. a de nombreux équivalents pop. ou arg.: avoir la chiasse, les chocottes, la colique, les colombins (vieilli), les copeaux (vieilli), les foies (blancs), la frousse, les grelots, les jetons, la pétasse, la pétoche, la trouille, la venette (vieilli).
b) [Avec donner] Donner peur (à qqn) (de qqc., qqn). Je nie que dans Molière il y ait de la gaîté (...) Dandin à genoux devant sa femme fait saigner le coeur (...) Alceste inquiète et Scapin donne peur (ZOLA, Hérit. Rabourdin, 1874, p.VI). Cette brusquerie à laquelle je ne me suis jamais habituée, et qui me donnait de lui une peur abominable (BARRÈS, Cahiers, t.11, 1916, p.165).
c) [Avec faire] Faire peur (à qqn) (de qqn, qqc., de faire qqc.); faire une peur (combiné avec un syntagme déterm.); faire (expr. quantifiante) + peur; faire des peurs (combiné avec un syntagme déterm.); faire une de ces peurs à qqn. Synon. effrayer.
[Avec une interprétation active] Pour lui faire peur du feu, elle lui avait tenu un moment le doigt au-dessus d'une bougie (GONCOURT, Journal, 1894, p.552). En son parc il règne un certain loup, Dont on fait peur aux filles (PONCHON, Muse cabaret, 1920, p.297).
Empl. pronom. Je me fais des peurs de tout, et crois toujours qu'un inconvénient va être éternel (DELACROIX, Journal, 1824, p.82). [Ils] disaient, comme les enfants qui veulent se faire peur: «C'est là qu'habite l'ogre» (MAURIAC, Journal 2, 1937, p.133).
[Avec une interprétation non active] Faire peur à voir. Tous ces forbans à têtes farouches, qui naguère lui faisaient tant de peur du fond de leurs noires échoppes (A. DAUDET, Tartarin de T., 1872, p.94). C'est lugubre! sombre et froid! Ça fait peur! J'adore avoir peur! (G. LEROUX, Parfum, 1908, p.38).
À faire peur, loc. adj. Synon. effrayant. Tous ces contes à faire peur, inventés par la haine et par de ridicules journaux. J'ai vu de près les insurgés; (...) et je puis dire qu'on ne peut désirer plus d'égard, d'honnêteté (RENAN, 1848 ds Rec. textes hist., p.287).
Bon à/pour faire peur aux enfants. Qui est peu à craindre. C'est un homme en façade, un bravache de carton-pâte comme ceux du carnaval, bon à faire peur aux enfants (MONTHERL., Malatesta, 1946, II, 5, p.477).
Tu (ne) me fais pas peur! [Formule de défi dans le dialogue] Écarquille les yeux tant que tu voudras, tu ne me feras pas peur (MUSSET, Lorenzaccio, 1834, I, 5, p.116).
d) [Avec prendre] Prendre peur (de qqc.). Deux ou trois chevaux prirent peur et voulurent nager, ce qui fit un barbotement épouvantable (STENDHAL, Chartreuse, 1839, p.41). Jeune, toute cette sorcellerie l'amusait (...). Plus tard, elle prit peur du diable (A. FRANCE, Livre ami, 1885, p.100). V. encenser A ex. de Montherlant.
3. Expressions
a) Avoir plus de peur que de mal; plus de peur que de mal pour qqn. Sortir d'une situation dangereuse sans grand dommage. Plus de peur que de mal pour les 360 passagers et l'équipage du Boeing 747 de la compagnie «Pakistan International Airlines», en partance d'Orly samedi (...). Deux pneus (...) ont éclaté lors du décollage (Libération, 9 sept. 1985, p.11, col.1).
P. anal. Faire plus de peur que de mal. La plupart des représentants se contentèrent d'arrestations; d'autres firent plus de peur que de mal (LEFEBVRE, Révol. fr., 1963, p.372). Faire moins de mal que de peur. V. mal3 II A 2 a.
b) En être quitte pour la peur. Sortir indemne d'une situation très dangereuse. À l'heure de l'attaque, l'hôtel était à peu près vide; et du reste ses rares habitants en ont été quittes pour la peur (GIDE, Journal, 1943, p.206).
4. Dans le domaine pol. et soc.
a) État, comportement d'un groupe social qui se sent menacé dans son existence ou ses intérêts. C'est à partir de ce dimanche qu'il y eut dans notre ville une sorte de peur assez générale et assez profonde pour qu'on pût soupçonner que nos concitoyens commençaient vraiment à prendre conscience de leur situation (CAMUS, Peste, 1947, p.1299):
5. ... les partis rétrogrades dominent et exploitent par la peur. Car la peur, messieurs, c'est la maladie chronique de la France: la peur en politique... Oui, c'est la peur qui est le mal de ce pays, et c'est de la peur qu'ils ont tiré leurs ressources, les réacteurs de 1800, de 1815, de 1831 et de 1849! C'est de la peur qu'il a tiré sa principale force, le coupe-jarret de 1851.
GAMBETTA, 1872 ds Rec. textes hist., p.66.
b) P. méton. Mouvement de panique et d'agitation sociale face à un danger (réel ou imaginaire). La peur éclate, se répand, se propage dans une région. Les craintes populaires engendrèrent de nouvelles peurs en Thiérache (...) lorsque, en juillet et août 1790, le bruit courut que les troupes autrichiennes, envoyées contre les Belges, entraient en France (LEFEBVRE, Révol. fr., 1963 p.161).
HIST. Grand-peur, grande peur. Mouvement de panique et d'agitation sociale, de grande ampleur (en particulier en l'an mil et en 1789 en France). Les historiens du siècle dernier qui nous ont décrit la grand-peur de l'an mil ont toujours apporté, à la peindre et à l'expliquer, une sorte de compassion amusée (J.-R. BLOCH, Dest. du S., 1931, p.195). Les émeutes frumentaires et les révoltes agraires accroissaient encore l'anxiété (...). La grande peur naquit de six incidents locaux, analogues à ceux qui avaient déjà déclenché tant de paniques (LEFEBVRE, Révol. fr., 1963 p.146).
B. —[Gén. constr. avec un compl. prép. ou une complét.] État, plus ou moins latent, d'inquiétude devant la réalisation ressentie comme possible ou imminente de quelque chose, ce qui entraînerait une situation pénible, désagréable ou gênante pour le sujet ou une personne avec laquelle il sympathise. Synon. appréhension, crainte.
1. a) La peur (du ridicule, du scandale). La peur d'ameuter le coron par une bataille l'avait retenu de lui arracher Catherine des mains (ZOLA, Germinal, 1885, p.1333). La peur de la dépopulation, inspirée en France par le recul effectif à la fin du règne de Louis XIV (grandes famines) (Hist. sc., 1957, p.1609):
6. ... la peur de paraître ce qu'il est ou ce qu'il n'est pas, la peur surtout qu'on ne lui manque en fait une marionnette qui ne se meut presque qu'à l'aide de fils extérieurs et n'a presque plus d'impulsions un peu propres.
GIDE, Corresp. [avec Valéry], 1895, p.234.
b) En partic. [Combiné avec une prép.]
[Avec avec] Il se risqua, il demanda, avec la peur d'une réponse fâcheuse: —Est-ce que la rue Pirouette existe toujours? (ZOLA, Ventre Paris, 1873, p.618). Avec la peur d'avoir été trop long à prendre conscience de mes devoirs, j'ai redressé mes erreurs passées (J. BOUSQUET, Trad. du sil., 1936, p.151).
[Avec dans] Quelques transitions manquent. Elles existaient; je les ai retranchées ou trop raccourcies, dans la peur d'être ennuyeux (FLAUB., Corresp., 1862, p.69). Peut-être n'avait-elle à un certain moment bâclé le mariage de Robert avec Gilberte (...) que dans la peur qu'il commençât avec une autre cocotte (...) un nouveau collage (PROUST, Fugit., 1922, p.679).
[Avec par] [Elle] est sortie seule par peur qu'on lui refusât la permission et s'est un peu attardée (MIOMANDRE, Écrit sur eau, 1908, p.272). Le gouvernement, par peur de la disette en céréales, imposa l'obligation de la culture du blé (MEYNIER, Paysages agraires, 1958, p.139).
2. Loc. verb.
a) [Avec avoir] Il fait très froid et j'ai peur que notre pauvre vieille ne s'enrhume à Ouville (FLAUB., Corresp., 1871, p.293). Outre que j'avais peur des pannes, j'ai pensé que ce serait comme une violation du mystère de ton pays (RIVIÈRE, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1907, p.246). J'ai peur de ne pas avoir suffisamment couvert le petit. Mets-lui quelque chose sur les pieds, veux-tu? (MARTIN DU G., Thib., Épil., 1940, p.878).
♦[Constr. avec un compl. prép. pour désignant la pers. ou l'obj. pour lesquels on éprouve de l'inquiétude] Si la mère d'Annette (...) découvrait sa fille avec un soldat!... Il eut peur pour la réputation de son café (BENJAMIN, Gaspard, 1915, p.148). J'ai peur pour eux de la débauche, ou des liaisons dégradantes (GIDE, Faux-monn., 1925, p.1187). V. chiasse ex.2.
[Dans le dialogue] (N')aie pas peur. Synon. (ne) t'en fais pas, ne t'impatiente pas, n'en doute pas. Ben, au moins, qu'j'y dise adieu... Burette!... Vieux Burette! On se r'trouvera à Montparnasse: aie pas peur! (BENJAMIN, Gaspard, 1915 p.71).
b) [Avec donner] Une vive lumière qui passait par les fentes de sa porte lui donna peur du feu (BALZAC, E. Grandet, 1834, p.146). Fait un enfantillage et une école, en retirant mes fonds de chez un banquier, sans être certain de leur emploi; mais on m'avait donné peur (AMIEL, Journal, 1866, p.317). [Il] soulevait des meubles énormes qui donnaient peur à Giulia qu'il se rompît la poitrine (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p.227).
c) [Avec faire] Le Figaro m'a fait une belle peur en annonçant que la mère Sand était très malade. Il n'en est rien (FLAUB., Corresp., 1871, p.269). François nous fait de ces peurs, s'écria Anne. Il vous voyait évanouie! (RADIGUET, Bal, 1923, p.197):
7. ... on m'avait fait une telle peur avec ton Prussien, j'ai redouté des choses si laides, que l'autre histoire, ma foi! est un soulagement... Calme-toi, tout peut s'arranger.
ZOLA, Débâcle, 1892, p.562.
[Constr. avec un compl. prép. pour désignant la pers. ou l'objet pour lesquels on éprouve de l'inquiétude] V. agitation ex. 20.
3. De peur de, loc. prép. Synon. dans la crainte de, de crainte que; (avec une valeur de but) afin de ne pas.
[Constr. avec un subst.] Vieilli. Ne vous éloignez point, et de peur d'accident, Suivez, suivez toujours le fond de la riviere (FLORIAN, Fables, 1792, p.37). Aucun d'eux n'avait voulu le reconnaître de peur des frais de sépulture (JANIN, Âne mort, 1829, p.51).
[Constr. avec un verbe à l'inf. ou une complét.] Il ne faut pas arrêter cette évacuation, de peur que l'humeur ne se porte à l'intérieur et ne cause quelque maladie (GEOFFROY, Méd. prat., 1800, p.454). Il se faisait appeler «le mort», et tint même à Rouen, sous ce nom, une école gratuite. Je m'arrête de peur de déflorer le sujet (NERVAL, Filles feu, Angélique, 1854, p.568). Je serrais les paupières de peur qu'elle ne vît mon regard (SAGAN, Bonjour tristesse, 1954, p.124).
Rem. Vieilli. [Avec ell. de de] À ceux qui, peur du froid, s'étoupent les oreilles (POMMIER, Colifichets, 1860, p.8).
C.P. exagér. [Dans les loc. infra]
1. [Combiné avec avoir]
a) Ne pas avoir peur de qqc. Ne pas être gêné, arrêté par le côté pénible ou désagréable de quelque chose. Ne pas avoir peur des mots. —Où est-il? me demanda Antonio à voix basse. —Dans la venta; il dort; il n'a pas peur des punaises (MÉRIMÉE, Carmen, 1845, p.13). À quatre hommes bons sur la hache et qui n'ont pas peur de l'ouvrage, ça marche vite, même dans le bois dur (HÉMON, M. Chapdelaine, 1916, p.39).
b) Avoir peur de (suivi d'un verbe à l'inf.). Hésiter, répugner à (faire quelque chose). Les cantonniers ont toujours peur de se fatiguer (PESQUIDOUX, Livre raison, 1928, p.86). On dirait que nos psycho-sociologues et technocrates réunis ont peur de s'abaisser jusqu'aux réalités de la vie (ANTOINE, PASSERON, Réforme Univ., 1966, p.121).
[Plus fréq. à la forme nég.] N'ayez pas peur de triturer votre cuir: il est solide (CLOSSET, Trav. artist. cuir, 1930, p.24). Si le petit avait quelque chose cette nuit, n'aie pas peur de me réveiller (PAGNOL, Fanny, 1932, III, 2, p.173).
c) Fam. [Dans le dialogue; formule de reproche devant l'audace, l'insolence de l'interlocuteur] T'as pas peur, vous n'avez pas peur. Et! ben, mon salaud!... T'as pas peur! Donner ma robe!... Si tu crois que je l'ai fait faire pour ta femme!... Une robe de vingt-cinq louis! (FEYDEAU, Dame Maxim's, 1914, I, 6, p.11).
2. [Avec faire]
a) Ne pas faire peur à qqn. Ne pas gêner, arrêter, détourner quelqu'un par son caractère pénible ou désagréable. La misère ne vous fait pas peur; vous vivriez au besoin de racines et d'eau claire (SANDEAU, Mlle de La Seiglière, 1848, p.211).
N'être pas pour faire peur à qqn. V. coin2 ex. 8.
b) P. hyperb. À faire peur
Empl. adj., adv. (De manière) particulièrement horrible, repoussant(e). Hérédia, bégayant à faire peur, feignait la jovialité, le détachement (L. DAUDET, Brév. journ., 1936, p.38). Je pense à ton courage quand il rentre quelquefois, le soir, dans un état à faire peur! (MAURIAC, Mal Aimés, 1945, I, 3, p.170).
[Combiné avec un adj.] Au plus haut degré. Maigre à faire peur. Anna Grimaldi, des Folies-Dramatiques, et Hortense Schneider, toutes deux belles à faire peur (BENOIT, Atlant., 1919, p.216). Maladives, grasses, laides à faire peur, des femmes énigmatiques soulèvent et abaissent leurs paupières larges (FARGUE, Piéton Paris, 1939, p.102).
D.Région. (Canada)
1. Blague, mensonge, exagération. Conter des peurs; faiseur de peurs. —J'aurai des risques à prendre, je tiens pas à les prendre pour rien (...). —Voyons donc! Tu risques rien. —Raconte pas de peurs. S'il y avait pas de risques, tu paierais pas quelqu'un pour prendre ta place (M. DUBÉ, Le Naufrage, 1971, p.34 ds Richesses Québec 1982, p.1937).
2. Loc. verb. Partir en peur. Prendre peur, s'effrayer, s'affoler. Nous étions plusieurs à nous précipiter dans la vie, tête baissée, à toute vitesse, sans bien savoir où nous allions, ainsi qu'un troupeau de bisons «parti en peur» (A. MAILLET, Nouvelles montréalaises, 1966, p.95 ds Richesses Québec 1982, p.1722). Prends pas le mors aux dents! Voyons! Une insignifiance comme ça... Pars pas en peur pour si peu (J. BARBEAU, Une Brosse, 1975, p.37 ds Richesses Québec 1982, p.1721).
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Avoir peur a) 2e moitié Xes. (St Léger, éd. J. Linskill, 76: Et sancz Lethgiers oc s'ent pavor); b) ca 1155 avec de + inf. (WACE, Brut, éd. I. Arnold, 572: Et de murir out grant poür); c) 1176-81 avec que + sub. (CHRÉTIEN DE TROYES, Chevalier Lyon, éd.Foerster, 4172: de lui [pour lui] ont mout grant pëor Que li maufez, li anemis, Qui maint prodome avoit ocis ... Autretel de lui ne reface); d) 1534 p.hyperb. avoir peur que «craindre que» (RABELAIS, Gargantua, éd.R.Calder, chap. 31, p.199); 2. a) fin Xes. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 398: si s'espauriren de pavor; b) 1119 (PHILIPPE DE THAON, Comput, éd. E.Mall, 2088: senz pour); c) ca 1180 pur la pour (THOMAS, Tristan, éd. B.H.Wind, Douce, 1614); d) 1er quart XIIIes. faire peur (RENCLUS DE MOLLIENS, Charité, éd. Van Hamel, 167, 4); e)1666 à faire peur se dit d'une personne très laide (MOLIÈRE, Misanthrope, II, 4 ds OEuvres compl., éd. H. de Bouillane de Lacoste, t.4, p.44). Du lat. pavor «émotion qui saisit; crainte, épouvante, effroi». Fréq. abs. littér.:16350. Fréq. rel. littér.:XIXes.: a)13390; b) 23791; XXes.: a) 29671, b) 27517. Bbg. PAULI 1921, p.29. —QUEM. DDL t.13, 14.

peur [pœʀ] n. f.
ÉTYM. 1290; pavor, Xe; lat. pavor, oris.
1 Phénomène psychologique à caractère affectif marqué, qui accompagne la prise de conscience justifiée ou non d'un danger, d'une menace pour la vie ou la sensibilité du sujet, et qui peut prendre la forme soit d'une émotion-choc ( Affolement, alarme, alerte, effroi, épouvante, frayeur, terreur), soit d'un sentiment pénible d'insécurité, de désarroi à l'égard d'événements actuels ou prévus ( Angoisse, appréhension, crainte, inquiétude; fam. frousse, pétoche, trouille, et ci-dessous : avoir peur).Manifestations de la peur : troubles de l'appareil moteur (cataplexie, paralysie plus ou moins accentuée ou, au contraire, fuite éperdue et agitation désordonnée, tremblement convulsif, difficulté ou impossibilité de parler…), gêne respiratoire, bouche sèche, constriction spasmodique des vaisseaux, accélération du pouls ( Angoisse); choc au cœur, sueur froide, pâleur… Affres. || Frisson de peur. || Avoir les traits altérés, bouleversés par la peur. || La peur le rendait vert (→ Foireux, cit. 3). || La peur m'empêche de parler (→ Ouf, cit. 1). || Être cloué au sol, glacé (cit. 28, Racine), paralysé par la peur. || La peur donne des jambes (→ Ingambe, cit. 1). || Fuir sous l'empire de la peur.Une belle peur, une peur bleue. || Peur panique. || La peur grossit les dangers. || Éprouver, ressentir de la peur. || Suer la peur. Suée (pop.). || La peur s'est emparée de lui. || En proie à la peur. Apeuré. || Dominer, maîtriser sa peur. || Être maître de sa peur (→ Courage, cit. 6). || Dissimuler sa peur. Crâner (→ Gascon, cit. 4). || Inaccessible à la peur. Impavide. || Inspirer de la peur. || « Quand le mal est certain (cit. 1), la plainte ni la peur ne changent le destin » (La Fontaine).
Disposition à ressentir cette émotion, ce sentiment de façon constante, intense ou même dans des circonstances qui objectivement ne les justifient pas. Couardise. || La peur est souvent liée chez les enfants à l'émotivité et à l'imagination. || Il échappait (cit. 26) à la peur par manque d'imagination. — ☑ Prov. La peur n'est bonne à rien, la peur ne guérit de rien.On ne saurait guérir de la peur. || Il n'y a pas de médecin de la peur.La Peur, nouvelle de Maupassant.
1 Et au même siège fut mémorable la peur qui serra, saisit et glaça si fort le cœur d'un gentilhomme, qu'il en tomba raide mort par terre à la brèche, sans aucune blessure.
Pareille peur saisit parfois toute une multitude. En l'une des rencontres de Germanicus contre les Allemands, deux grosses troupes prirent d'effroi deux routes opposites; l'une fuyait d'où l'autre partait.
Tantôt elle nous donne des ailes aux talons, comme aux deux premiers; tantôt elle nous cloue les pieds et les entrave, comme on lit de l'Empereur Théophile, lequel, en une bataille qu'il perdit contre les Agarenes, devint si étonné et si transi, qu'il ne pouvait prendre parti de s'enfuir (…)
Montaigne, Essais, I, XVIII.
2 (…) la peur ou l'épouvante, qui est contraire à la hardiesse, n'est pas seulement une froideur, mais aussi un trouble et un étonnement de l'âme qui lui ôte le pouvoir de résister aux maux qu'elle pense être proches.
(…) aussi n'est-ce pas une passion particulière, c'est seulement un excès de lâcheté, d'étonnement et de crainte, lequel est toujours vicieux (…) et parce que la principale cause de la peur est la surprise, il n'y a rien de meilleur pour s'en exempter que d'user de préméditation et de se préparer à tous les événements, la crainte desquels la peut causer.
Descartes, les Passions de l'âme, I, art. 174 et 176.
3 La peur (et les hommes les plus hardis peuvent avoir peur), c'est quelque chose d'effroyable, une sensation atroce, comme une décomposition de l'âme, un spasme affreux de la pensée et du cœur, dont le souvenir seul donne des frissons d'angoisse.
Maupassant, les Contes de la Bécasse, « La peur ».
4 (…) on est accessible à la crainte dans la mesure où la représentation du mal futur est intense, c'est-à-dire affective et non intellectuelle, sentie et non conçue. Chez beaucoup de gens l'absence de peur n'est qu'une absence d'imagination.
Th. Ribot, Psychologie des sentiments, p. 219.
4.1 Ces tremblements, ces glapissements puérils, ce talon qui heurte le sol en cadence suivant l'automatisme même de l'inconscient déchaîné, ce double qui, à un moment donné, se cache derrière sa propre réalité, voilà une description de la peur qui vaut pour toutes les latitudes et qui montre qu'aussi bien dans l'humain que dans le surhumain les Orientaux peuvent nous rendre des points en matière de réalité.
A. Artaud, le Théâtre et son double, Idées/Gallimard, p. 81-82.
La peur, émotion collective ( Panique), sentiment collectif. || C'est la peur qui fait naître les guerres (→ Courage, cit. 9).Hist. || La grande peur, qui précéda la nuit du 4 août 1789.Littér. || La Grande Peur des bien-pensants, ouvrage de G. Bernanos.
5 C'est l'étrange, la mystérieuse panique connue sous le nom de la grande peur, l'un des rares événements de la Révolution dont le souvenir ait subsisté dans les campagnes, le plus important de tous peut-être. Partout, ou presque partout, on croit, on annonce que des « brigands » viennent. Pendant qu'on s'arme et qu'on se fortifie dans les villes, les campagnards émigrent dans des retraites, cavernes ou forêts.
Lavisse et Rambaud, Hist. générale du IVe siècle à nos jours, t. VIII, p. 69.
2 Une peur (ou la peur et adj.) : l'émotion de peur particulière qui saisit qqn dans une occasion précise.Une peur bleue, intense. || Avoir, éprouver une peur irraisonnée, panique. || Mes colères juvéniles, mes peurs, mes déboires (→ Loisir, cit. 5). || Peurs imprécises (→ Esprit, cit. 82).Fam. J'ai eu; il m'a fait une de ces peurs ! (j'ai eu peur de lui ou pour lui).
6 Toutes mes peurs, toutes mes ignorances,
Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur,
Vous connaissez tout cela, tout cela,
Verlaine, Sagesse, II, I.
De peur : par l'effet de la peur. || Être blanc, blême, pâle, transi, vert de peur. || Claquer des dents, frémir (→ Épervier, cit. 1), trembler de peur (→ Faon, cit. 2; Jésus, cit. 2). — ☑ Par hyperb. Mourir de peur (→ Conte, cit. 1; 1. entre, cit. 11).Être mort de peur (→ Être plus mort que vif).
7 (…) Faisant tel bruit et tel fracas
Que moi, qui, grâce aux dieux, de courage me pique,
En ai pris la fuite de peur (…)
La Fontaine, Fables, VI, 5.
Sans peur : sans éprouver de peur. || « Ils abordent (cit. 1) sans peur » (Corneille). → aussi Loup-garou, cit. 1. — (Adj.). Qui n'éprouve pas la peur. || Jean sans Peur, duc de Bourgogne, fils de Philippe le Hardi.Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche.
Loc. Avoir plus de peur que de mal.N'avoir que la peur, que la peur pour tout mal (cit. 2).En être quitte pour la peur. || La peur de (suivi du nom de la personne ou de l'animal qui éprouve la peur). || Cette peur du gibier devant le chasseur, de la souris devant le chat (→ Natif, cit. 3).
La peur de… (suivi du nom de l'être ou de l'objet qui inspire la peur). || La peur de soi-même (→ Honte, cit. 25). || La peur du danger (cit. 9), de la mort. Hantise (→ Futur, cit. 5; libre, cit. 6). || « Souvent la peur d'un mal nous conduit dans un pire » (Boileau).Peur morbide de certains objets, de certains animaux. Aversion, phobie, répulsion; et suff. -phobe, -phobie.La peur de… (suivi d'un inf.). || La peur de mourir, de mourir avant l'âge (→ Accabler, cit. 16). || La peur d'affronter la vie, la peur de vivre.
8 Quand on cède à la peur du mal, on ressent déjà le mal de la peur.
Beaumarchais, le Barbier de Séville, II, 2.
9 Dans cette âme, si bien morte, une chose restait vivante : la peur de mourir. Sans cesse, il parlait de mort, de convoi, de funérailles. Il pressentait souvent celles de la monarchie. Qu'elle vécût autant que lui il n'en voulait pas davantage.
Michelet, Hist. de la Révolution franç., Introd., II, V.
10 Plus je m'approche de la mort et plus la peur de la mort s'atténue.
Gide, Journal, 13 juil. 1930.
(Sens faible). || La, une peur de… (suivi d'un nom, d'un inf.) : légère appréhension; souci, désir d'éviter une chose considérée comme inopportune, désavantageuse, désagréable pour soi-même ou pour les autres. || Il était retenu par la peur de déplaire, par la peur du ridicule. || La peur de gêner ses voisins (→ Maladif, cit. 5). || La peur d'avoir fait une gaffe (cit. 3), d'être dupe (→ Lanterne, cit. 8).La peur que… (suivi du subj.). || La peur qu'on le perçût mal le retenait d'agir.
11 La peur du ridicule obtient de nous les pires lâchetés.
Gide, les Nouvelles Nourritures, p. 272.
12 Notre faiblesse principale à nous Français : la peur de s'emballer, la peur d'être dupe, la peur de prendre les choses au sérieux, la peur du ridicule (…) l'ironie comme argument préalable.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. XXIII, XX, p. 171.
La peur, une peur de…, que… me vint, me prit.
13 (…) son cœur battait à grands coups, une peur lui venait de se conduire comme un enfant (…)
Zola, Nana, IX.
14 À me voir si sage (ou si léger) la peur la prenait que je ne l'aimasse moins.
R. Radiguet, le Diable au corps, p. 167.
3 (Av. 1825). Sans l'article, dans la loc. Prendre peur. Épouvanter (s'). → Maniable, cit. 4.
15 Le cheval se mit à trembler et, soudain, comme il s'ébranlait, entendant derrière soi cliqueter cette machine effrayante, il prit peur, se cabra (…)
G. Duhamel (→ Cabrer, cit. 5).
(Fin Xe). Avoir peur. Craindre (→ fam. ou argot Avoir la chiasse, les chocottes, la colique, les colombins, les copeaux, les foies, les foies blancs (les avoir blancs, tricolores), la frousse, les grelots, les jetons (cit. 5), la pétasse, la pétoche, le trac, la tremblote, la trouille, la venette; avoir le trouillomètre à zéro, les avoir à zéro; chier, faire dans sa culotte, dans son froc, foirer; serrer les fesses; caler, caner, se dégonfler.)Avoir grand-peur, bien peur, très peur. || Il se cacherait dans un trou de souris, tellement il a peur. || Il n'a pas peur. || Où serait le mérite, si les héros (cit. 15) n'avaient jamais peur ?Pour rassurer quelqu'un. || N'ayez pas peur, n'aie pas peur (→ fam. Ne vous frappez pas; bedaine, cit. 1; faim, cit. 13).(Av. 1648; avoir peour de, v. 1207). || Avoir peur pour (qqn, qqch. qui est en danger). Trembler (→ Dissuader, cit. 1; frappeur, cit. 1).
16 — Par le digne froc que je porte (dit frère Jean à Panurge)… durant la tempête tu as eu peur sans cause et sans raison. Car tes destinées fatales ne sont à périr en eau. Tu seras haut en l'air certainement pendu (…)
Rabelais, le Quart Livre, XXIV.
17 La peur ! Charles V se moqua plaisamment de cette épitaphe qu'il lut en passant : Ci-gît qui n'eut jamais peur. Et quel homme n'a jamais eu peur dans sa vie ? qui n'a point eu l'occasion d'admirer (…) la toute-puissante faiblesse de cette passion, qui semble souvent avoir plus d'empire sur nous à mesure qu'elle a moins de motifs raisonnables ?
J. de Maistre, les Soirées de Saint-Pétersbourg, 7e entretien.
18 Il fallait qu'il eût bien peur pour avoir tant de courage. À quels actes de vaillance l'épouvante peut pousser un lièvre ! Le chamois éperdu saute les précipices. Être effrayé jusqu'à l'imprudence, c'est une des formes de l'effroi.
Hugo, l'Homme qui rit, II, IV, IV.
19 Elle dut avoir grand-peur, car il l'entendit sauter du lit et parler seule comme dans un rêve.
Maupassant, les Sœurs Rondoli, « Décoré ! ».
20 Jean tout d'un coup eut peur pour Catherine, il la tira vers le côté de la route où l'on était à l'abri des balles (…)
Aragon, les Cloches de Bâle, II, X.
21 Je ne rêvais pas : de nouveau on marchait dans la cour. Mon cœur palpitait à rompre. Je m'étais appuyé à un arbre et j'écoutais. Mais je n'entendais contre mes tempes que le battement de mon sang sauvage. J'avais peur. Je ne pouvais pas douter de ma peur; mes jambes tremblaient, mon corps était paralysé d'émotion (…)
H. Bosco, Hyacinthe, p. 61.
22 Tous les hommes ont peur. Tous. Celui qui n'a pas peur n'est pas normal; ça n'a rien à voir avec le courage.
Sartre, le Sursis, p. 56.
(XIIIe). || Avoir peur de (suivi d'un nom). Redouter. || Des dogues (cit. 2) qui n'ont pas peur des lions. || J'avais peur de sa vengeance (→ Échapper, cit. 34).N'avoir peur de rien (→ Invulnérable, cit. 2). || Avoir peur de tout (→ Avoir peur de son ombre).(Sens atténué). || Il ne faut jamais avoir peur de la banalité (cit. 4) d'un sujet.N'avoir pas peur des mots (→ Ergoter, cit. 3) : ne pas recourir à des circonlocutions, ne pas hésiter à employer l'expression exacte (→ Appeler les choses par leur nom).Avoir peur de, suivi de l'inf. || « Qui marche assurément (cit. 1) n'a point peur de tomber » (Corneille). || Il a peur d'être renvoyé. Appréhender, inquiet (être). → Légèreté, cit. 9. — (Sens atténué). || N'ayez pas peur d'insister sur ce point. || Si je n'avais peur de vous déranger…Avoir peur que (suivi du subj. introduit ou non par ne). || Avoir grand-peur que (→ Marmot, cit. 3; nature, cit. 23). || J'ai peur qu'il ne vienne pas. || J'ai peur que mon héroïne ne vous semble niaise (cit. 1).Avoir très peur, si peur de… que…(Renforcé). || Avoir grand'peur (vx), grand-peur. || Elle a grand-peur de sa maman (→ Maîtresse, cit. 61).
23 J'ai peur que mon héros ne vous paraisse étrange (…)
A. de Musset, Premières poésies, « Namouna », I, XXV.
24 (…) j'ai bien peur que tu sois un enfant toute ta vie.
Alphonse Daudet, le Petit Chose, I, XII.
25 (…) j'étais très en retard pour aller à l'école, et j'avais grand'peur d'être grondé (…)
Alphonse Daudet, Contes du lundi, « La dernière classe ».
26 Il n'avait qu'une peur, c'était qu'il ne rêvât, et qu'il ne vînt à s'éveiller inconnu d'elle. Sans doute, il faisait un songe.
France, le Lys rouge, XXVIII.
27 Il (mon père) avait aussi toujours eu peur que je tombasse entre les mains d'une mauvaise femme.
R. Radiguet, le Diable au corps, p. 90.
28 Il est évident (…) que l'homme qui a peur a peur de quelque chose. Même s'il s'agit d'une de ces angoisses indéfinies qu'on éprouve dans le noir, dans un passage sinistre et désert, etc., c'est encore de certains aspects de la nuit, du monde que l'on a peur.
Sartre, Esquisse d'une théorie des émotions, cité par S. Daval et B. Guillemain, Psychologie, II, p. 666.
(Fin XIIe). Faire peur : donner de la peur (→ vx. Faire frayeur; frissonnant, cit. 2; infranchissable, cit. 1). || Faire peur à… Apeurer, effaroucher, effrayer, épeurer, épouvanter, intimider, menacer. || « Ah ! vous me faites peur et tout mon sang se fige » (cit. 2, Molière; → Mon sang n'a fait qu'un tour). || Une mouche me fait peur (→ Effaroucher, cit. 3). || « Un songe, un rien, tout lui fait peur » (→ Aimer, cit. 9, La Fontaine). || Mon ombre (1. Ombre, cit. 35) me fait peur. || Cela est tout juste bon à faire peur aux enfants. || Les enfants s'amusent à se faire peur. || Il n'a plus peur du noir.(Sens atténué). || Les longs ouvrages me font peur (→ Épuiser, cit. 11). || La marche ne lui fait pas peur.Vx. || Faire peur à quelqu'un de, suivi de l'inf. (→ 3. Mal, cit. 19).Avec l'article et un qualificatif. || Je ne vois pas de monstre (cit. 7) qui nous fasse la moindre peur.Au plur. et fam. || Vous m'avez fait une de ces peurs ! Un.Faire peur (par sa laideur, son apparence) : être effrayant (→ ci-dessous, cit. 29). — ☑ À faire peur : en effrayant par son apparence. || Il est laid à faire peur. || Maigre à faire peur : effroyablement maigre. || Habillé à faire peur : très mal. || « Noire à faire peur ». → Défaut, cit. 18, Molière.
29 On demandait à Madame Cramer, de retour de Genève à Paris, après quelques années : « Que fait madame Tronchin (personne très laide) ? — Madame Tronchin fait peur », répondit-elle.
Chamfort, Caractères et Anecdotes, Mme Cramer et Mme Tronchin.
30 (…) madame de Beauséant elle-même mettait instinctivement de la recherche dans sa toilette et se disait en arrangeant sa coiffure : — Je ne veux cependant pas être à faire peur.
Balzac, la Femme abandonnée, Pl., t. II, p. 217.
31 Quand il en rencontrait une (femme), il lui faisait peur, et il en avait peur.
Hugo, les Travailleurs de la mer, I, IV, I.
32 — Plutôt que de me faire une peur pareille, tu aurais bien pu ne venir que demain matin.
R. Radiguet, le Diable au corps, p. 73.
(XIIe). Par peur de…, de peur de…, ou (vx) peur de… (cf. Molière, l'École des femmes, I, 2). || De peur du scandale (→ Affoler, cit. 7). || De peur du ridicule (→ 2. Général, cit. 2).(Fin XIIIe). || Par peur de, de peur de (suivi d'un inf.); de peur que (suivi du subj. introduit ou non par ne et ayant la valeur d'une conj. de but). || Par peur d'être vue : afin de ne pas être vue (→ Engouffrer, cit. 5). || « Il faut rire avant que d'être heureux (cit. 33), de peur de mourir sans avoir ri » (La Bruyère).|| « Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé (cit. 14) d'en pleurer » (Beaumarchais).Ces Gribouilles (cit. 1) impatients de se jeter à l'eau de peur d'être mouillés.On se cache de la pitié, de peur qu'elle ne ressemble à la faiblesse (→ Durcir, cit. 2).
33 De celui-ci contentez-vous,
De peur d'en rencontrer un pire.
La Fontaine, Fables, III, 4.
34 Tords-lui le cœur, abbé, de peur qu'il n'en réchappe (…)
A. de Musset, Premières poésies, « Les marrons du feu », VI.
35 Oh ! moi (…) je tâche de m'oublier, de peur de devenir triste, et je pense aux autres (…)
Zola, la Joie de vivre, VII.
36 De peur de l'inquiéter, elle passa vite à d'autres idées (…)
France, le Lys rouge, XXIX.
37 Ces deux locutions (de peur que, de crainte que), qui expriment avec force et netteté l'intention négative (quand il s'y mêle un sentiment de crainte ou d'aversion), se font toujours suivre du subjonctif. Elles ont exactement le même sens, mais la première est beaucoup plus employée (…) Ces locutions se présentent (…) parfois sous la forme par peur que (de), ou encore dans la peur (crainte) que (de) : « Elle me renvoyait par peur que je la fatigue » Proust, Swann, I, 80 (…) « Elle se réservait de (les) nettoyer elle-même dans sa peur qu'on ne les abîmât » Ibid., II, 11.
G. et R. Le Bidois, Syntaxe du franç. moderne, §1498-99.
38 Il était comme un homme qui retient son souffle et craint de respirer, de peur que l'illusion ne cesse.
R. Rolland, Jean-Christophe, Nouvelle journée, III, p. 1551.
39 Je me retenais et me faisais lourde, par peur qu'on ne m'aperçût de l'autre rivage.
Giraudoux, Suzanne et le Pacifique, p. 187.
CONTR. Audace, bravoure, courage, intrépidité. — Désir.
COMP. et DÉR. Apeurer. — Épeurer. — Peureux.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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